Perte du "Triple A" : qu'attendre du scrutin de 2012 ?

Après le retrait de notre "triple A" par l'une des trois grandes agences mondiales de notation, les économistes qui pendant des mois ont préconisé la rigueur budgétaire et la recherche d’un accord au sein de la zone euro et du G20 en affirmant la nécessité absolue de rassurer les marchés sont les premiers à vouloir minimiser les conséquences de cette nouvelle situation.

Mais pour que la confiance revienne, cette confiance sans laquelle le retour de la croissance ne peut être espéré, la France doit affirmer sa stratégie économique.

La rigueur est une contrainte incontournable, mais elle n’est pas à elle seule une politique économique.

Il était bien sûr plus que temps de réduire nos déficits : ramenés à  2% du PIB à la fin du quinquennat de Jacques Chirac, ils ont explosé à 8% en 2009 à cause de la crise et ils atteignent encore plus de 5% aujourd’hui malgré les efforts en cours, ce qui explique l’envolée historique de la dette française. La clé de l'avenir, c'est d'avoir aussi une politique de compétitivité globale pour favoriser l'emploi en France.

Si l’on rapproche nos résultats de ceux de l’Allemagne, notre principale rivale économique, autant que nous exposée à la crise internationale, on ne peut qu’être frappé des différences spectaculaires dans la période récente: croissance (+3% en Allemagne, récession chez nous), coût de la dette (taux d'intérêt deux fois plus élevés pour la France que pour l' Allemagne), déficits publics ( 1% en Allemagne, 5% chez nous), solde du commerce extérieur (+ 130 milliards d’euros en Allemagne, - 70 milliards chez nous), chômage (6% en Allemagne depuis 2007, 10% chez nous).

En écho à la célèbre formule de Talleyrand ("Quand je m'examine, je m'inquiète. Quand je me compare, je me rassure"), nous en sommes au point où nous comparer ne nous rassure plus du tout mais devient au contraire source d’une anxiété accrue.

Il est vrai cependant que la croissance allemande marque elle aussi le pas, puisqu'elle ne devrait pas atteindre 1% en 2012. Les Allemands sont en train de se dire à leur tour que seule la consommation intérieure peut leur permettre de traverser la période de basses eaux sur le plan international.

Mais, tandis que nous organisons dans notre pays un affrontement irréductible, camp contre camp, à l’occasion de l’élection présidentielle, les Allemands, depuis plus de dix ans, ont patiemment forgé un consensus sur leur politique économique et sociale qui leur a permis de rétablir et d’accroître leur compétitivité. Ils ont su réaliser d’abord la « grande coalition » de la droite et de la gauche puis l’alliance de la droite, du centre et du parti libéral, sans jamais changer de politique économique. Ils ont obtenu des partenaires sociaux des accords courageux sur l’évolution des rémunérations. Et ils perçoivent aujourd’hui les dividendes de leur sérieux, de leur persévérance et de leur constance. La leçon est claire, le contraste préoccupant.
La méthode politique fondée sur la recherche de l’entente la plus large entre forces républicaines est certainement la bonne aujourd’hui. Elle doit avoir pour corollaire une démarche de dialogue social fondée sur la confiance et la responsabilité des partenaires sociaux. C’est un tout.

Qui peut conduire une telle politique dans le respect d’une telle approche? Pour le moment, les deux "grands" candidats actuellement en compétition pour exercer les pleins pouvoirs n'ont pas l'intention de faire de concessions à l’adversaire, désigné par avance comme porteur des pires catastrophes. Ainsi va la bipolarisation, si souvent puérile, où chacun se sent obligé de pousser ses positions jusqu’à leur propre caricature.
Nous mesurons bien sûr les risques que feraient courir à notre pays les surenchères militantes des socialistes, des verts et du front de gauche, avec le déni des réalités qui les caractérisent si souvent. Rien ne serait  plus préjudiciable dans la conduite des affaires d’un grand pays comme le nôtre, surtout dans une période comme celle que nous vivons. On ne doit pas regarder le monde tel que l’on voudrait qu’il soit mais tel qu’il est.
La tentation est donc grande pour les Français dessayer de faire évoluer le face à face entre Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Quoi qu'on en dise, le premier garde toutes ses chances si nos concitoyens estiment que la concentration du pouvoir entre les mains d’un seul, quand il en a comme le Président actuel le leadership et les qualités intellectuelles, reste une méthode pertinente pour les temps à venir.

Le second témoigne chaque jour que l’inverse, c'est à dire l'absence de conviction ferme et l'ouverture systématique au compromis partisan, serait pire : le Président de la République ne peut être le jouet d'une base militante hétéroclite, qu’il s’agisse du nucléaire, du quotient familial, des recrutements dans la fonction publique...
Dans ce contexte, Marine Le Pen peut sans doute faire une percée.  Je l'entends dire avec insistance sur notre terrain. Mais, même dédiabolisé, le Front National n’a aucune autre réponse que l’isolement de la France et le rejet de l’autre pour faire face à la mondialisation. Ses recettes sont celles de l’appauvrissement accéléré de la France et de l'atteinte aux libertés. Aucune force politique respectueuse des valeurs de la République et soucieuse de l’intérêt national ne peut imaginer se rapprocher de lui.
François Bayrou se presente aujourd'hui comme le meilleur juge de paix entre les rivaux. Mais peut-il l'être vraiment?

Ce candidat a le mérite de la persévérance, mais il conserve de réelles faiblesses lui aussi: une seule expérience gouvernementale, à l'éducation nationale, et qui n'a pas laissé d'empreinte forte, un caractère ombrageux qui l'a conduit en 2007 à sacrifier ses troupes et sa capacité d'influence malgré un score de 18% à l'élection présidentielle de 2007, un refus de se prononcer entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy  lors de cette élection, ce qui n'était pas très responsable pour un grand leader, une traversée du désert de cinq ans qui a achevé de le marginaliser. Il était d'ailleurs encore complètement isolé il y a quelques mois. Certains le disaient même "fini". Mais le voici qui paraît renaître de ses cendres et il profite des graines qu'il a semées. Le premier, il a mis en garde contre les dangers d’une dérive non maîtrisée des finances publiques. Il a fait plus que tout autre le choix de l’Europe, qui est le seul choix pertinent pour sortir de la crise, face aux Etats-continents qui dominent le monde. Il a toujours défendu une certaine idée de la justice fiscale, s’opposant au bouclier fiscal comme à l’allègement de l’impôt sur la fortune. Il n'a pas tort non plus d'insister sur la nécessité de produire français. Il ne prétend pas être capable de régler à lui tout seul les immenses difficultés de la France et des Français et préconise depuis longtemps l’union nationale.

Par ailleurs, il fait valoir que son enracinement dans la France profonde, son caractère et sa volonté, qui l’ont fait renoncer depuis quinze ans à la tentation d’une carrière gouvernementale brillante pour être libre de mener son combat sur le terrain des idées, peuvent témoigner de sa capacité à tenir le cap dans les tempêtes.
Il veut jouer sur un réflexe de vote utile de la droite et du centre face à l’élection de François Hollande, annoncée comme probable par les sondages.

Les Français auront-ils envie de créer la surprise au premier tour en le mettant dans le duo de tête? J'en doute sérieusement. On sait pourtant qu'ils adorent déjouer les pronostics des sondeurs, pour qui l'élection paraît jouée d'avance.

Reste que François Bayrou n'occupe pour l'instant que la quatrième place et que l'on voit mal comment il pourrait atteindre le second tour tant l'avance de Nicolas Sarkozy et François Hollande paraît grande aujourd'hui... Enfin, il lui faudra clarifier sa position, qui demeure ambiguë, entre la gauche et la droite: ses électeurs ont le droit de savoir!

 

 

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