Ratification du traité européen : Intervention de Philippe Bas au Sénat, 11.10.12

Intervention au Sénat le 11.10.12
Intervention au Sénat le 11.10.12

Madame la présidente, monsieur le ministre, monsieur le rapporteur général, mes chers collègues, l'autorisation de ratifier le pacte budgétaire européen est le seul moment constitutionnel où le Parlement ait son mot à dire. Mais ce mot est déterminant. Il nous place face à des responsabilités essentielles.

Le peuple français n'est pas appelé à se prononcer directement comme il le fit en 1992 et en 2005 avec François Mitterrand et Jacques Chirac. L'un et l'autre ont fait preuve de courage politique. Depuis lors, quand il s'agit d'Europe, les présidents pratiquent une autre vertu : la prudence !

Il nous revient donc de parler pour la Nation, comme le prévoit notre Constitution.

Nous le ferons bien sûr sous le regard des Français, et non pas dans leur dos, même s'il ne fait guère de doute qu'ils auraient voulu décider eux-mêmes, ce qui aurait été l'occasion d'un moment de vérité.

Si nous disons « oui » au Traité européen, il ne se passera rien qui ne nous soit de toute façon imposé par les réalités économiques et financières, puisqu' il ne saurait en aucun cas être question de laisser filer nos déficits et s'accroître notre dette.

La nouveauté du Traité réside essentiellement dans l'obligation d'atteindre l'équilibre structurel à une échéance qui tient compte du montant actuel de nos déficits. Elle tient aussi au renforcement des mécanismes de sanctions financières. Elle n'est pas dans la sévérité des contraintes budgétaires.

 

Pas plus que vous, nous ne pourrions d'ailleurs admettre qu'un corset nous empêche à tout jamais de réagir de manière coordonnée à une récession grave, par des politiques de soutien à l'économie qui impliqueraient une augmentation temporaire des déficits, comme ce fut le cas en 2009, ce que vous semblez d'ailleurs reprocher à la majorité de l'époque tout en revendiquant de pouvoir le faire à votre tour demain.

Mais, heureusement, ce traité, que vous avez naguère diabolisé pour aujourd'hui le minorer, distingue clairement déficit structurel et déficit conjoncturel, plus clairement et précisément encore que le pacte de stabilité et de croissance de 1997, qui le faisait déjà.

Et, comme le traité de Maastricht, il prévoit la prise en compte de circonstances exceptionnelles pour épargner des sanctions à un État déficitaire quand son déficit est justifié du point de vue européen.

Nous nous inscrivons ainsi dans la tradition européenne ; ce n'est pas une révolution.

Cependant, vous omettez trop souvent de rappeler que cette faculté n'est pas laissée à la discrétion des gouvernements. Elle passe par une appréciation communautaire qui s'impose à eux. N'y voyez donc pas un moyen de vous affranchir de la règle commune. Vos partenaires du Front de gauche ont eu raison de le rappeler.

Une discipline budgétaire de longue haleine nous permettra de reconstituer nos marges de manœuvre. Il s'agit de démontrer notre volonté de faire, sans nous tromper sur les moyens. C'est là que les choix politiques nationaux peuvent s'exprimer. Et, sur ce point, j'y reviendrai, les vôtres sont bien évidemment différents des nôtres.

Si, au contraire nous disions « non » à ce traité, il faudrait de toute façon maintenir le cap de la rigueur, mais dans un contexte politique et financier dégradé qui en aggraverait l'ampleur.

Dire « non », ce serait jeter le doute sur notre détermination à lutter contre les déficits, ce serait donner des raisons à l'Allemagne de ne pas être financièrement solidaire, ce serait isoler la France parmi les États de la zone euro et ce serait nous rendre plus vulnérables face à nos prêteurs.

Un « non » de la France au Traité budgétaire appellerait en réalité d'autres « non », qui compliqueraient notre tâche : le « non » des investisseurs, le « non » des marchés financiers, de nos prêteurs, au maintien du financement de la dette française et des autres dettes européennes aux conditions actuelles.

Il faudrait alors redoubler de rigueur et d'austérité pour convaincre et pour rétablir la confiance. Ce n'est pas ce que nous voulons. Le crédit de la France reste solide, il nous appartient de le conserver.

Il est vrai qu'il y a sans doute une part d'injustice dans la situation de la zone euro. Après tout, pour excessives qu'elles soient, notre dette et celle de nos partenaires sont contenues dans des limites presque enviables si on les compare à celles des États-Unis et du Japon, qui dépassent respectivement 100 % et 200 % de leur produit intérieur brut. Or, jusqu'à présent, ces pays ont réussi à financer leur dette publique dans des conditions satisfaisantes.

On pourrait donc attendre des marchés des anticipations plus favorables à la zone euro. Il n'en est rien malheureusement et il y a là un paradoxe.

Si la dette des États de l'Union européenne est un tel problème pour nous tous, ce n'est pas seulement parce qu'elle est trop élevée, c'est parce qu'il s'agit non pas d'une dette européenne, comme il y a une dette américaine ou japonaise, mais d'une multitude de dettes inégales dans leur montant, d'un grand nombre de pays inégaux dans leurs capacités de remboursement et qui continuent largement à concevoir leur avenir séparément.

La cause principale de la suspicion des prêteurs est donc politique. Chacun spécule partout dans le monde sur les faiblesses politiques de l'Europe, sur son irréductible division en États jaloux de prérogatives qu'ils peinent à exercer et dont la solidarité mutuelle reste limitée malgré le traité instituant un mécanisme de solidarité financière européen, traité que vous avez à l'époque rejeté.

Certains, parmi ces États, rêvent encore de tirer leur épingle du jeu aux dépens des autres ; d'autres, à l'inverse, craignent d'être solidaires à leurs propres dépens.

Ainsi, la méfiance des marchés se nourrit d'abord de la méfiance des Européens entre eux. Les marchés ont les yeux ouverts sur nos propres limites, qui sont béantes. Ils posent à nos gouvernements des questions pertinentes pour les années à venir : « Êtes-vous oui ou non capables de faire l'union politique entre vous au point que nous pourrons être certains de votre solidarité financière, et donc être assurés que la dette européenne sera remboursée dans toutes ses composantes nationales et que, pour cela, des politiques budgétaires harmonisées seront appliquées afin d'éviter les divergences financières et que l'euro pourra être maintenu sur tous les territoires où il a cours légal, puis étendu à d'autres ? »

En somme, les marchés nous disent une chose simple : « Soyez forts et nous nous inclinerons ! »

Ces questions, nous ne devrions pas avoir besoin d'eux pour nous les poser.

 Il est plus que temps de dire que l'union politique de l'Europe, à commencer par le gouvernement économique, est la seule voie possible pour l'accomplissement des ambitions nationales de chacun de nos pays. L'Europe seule détient les clés d'une puissance retrouvée pour rétablir des capacités d'action que nous avons perdues.

Or, face à l'enjeu de l'union politique, l'extrême prudence du Président de la République quand il s'agit d'aborder la question cruciale du gouvernement économique de l'Europe, sa réticence à exprimer la vision nécessaire d'un avenir européen fondé sur l'union politique dans une fédération d'États nations donnent malheureusement l'impression que vous avancez vers l'Europe à reculons, comme si la ratification du pacte budgétaire marquait la limite extrême de ce que vous pouvez accepter après l'avoir si violemment rejeté.

Cette impression, vous l'avez hélas ! Confirmée hier, monsieur le ministre, en vous bornant à raisonner à cadre institutionnel constant.

En réalité, vous avez désormais l'Europe frileuse, je dirais presque pusillanime.

Nous en connaissons la raison : votre difficulté à convaincre vos partenaires communistes et écologistes ainsi que les divisions profondes du parti socialiste sur ces questions.

J'entends au Front de gauche, au sein de la Gauche socialiste et chez les Verts, comme d'ailleurs au Front national, des raisonnements étranges. Les uns et les autres semblent croire qu'il y aurait pour la France une chance de salut par le repli derrière ses frontières, en s'émancipant des exigences européennes et en niant les contraintes financières. C'est une forme d'utopie particulièrement régressive. La France ne peut se permettre de faire cavalier seul. C'est en exerçant en commun notre souveraineté, et non pas en nous repliant sur l'Hexagone avec les moyens d'une puissance moyenne, que nous retrouverons une capacité à agir sur le cours des événements,

Il ne suffit pas de graver de nouvelles règles budgétaires dans le marbre d'un traité pour suppléer aux intermittences et aux défaillances de la volonté politique européenne. Ce nouveau pacte n'est et ne peut être qu'une étape. Vous devez dès maintenant préparer les suivantes, dire quelle Europe vous voulez et avec qui vous comptez la faire.

En ne vous donnant que des ambitions trop limitées, vous ne pourrez obtenir que des résultats médiocres !

Mais il y a encore une question, non moins grave, à laquelle il ne semble pas que vous soyez prêts à répondre.

Le pacte budgétaire ne vaudra que par la politique que vous mettrez en œuvre pour le faire réussir. La rigueur sans la réforme économique, la rigueur sans la compétitivité, la rigueur sans le soutien aux entreprises, c'est le marasme, la récession et le déclin.

Tel n'est pas ce que les uns et les autres nous voulons pour notre pays. Mais les bonnes intentions ne suffisent pas. Seuls les actes comptent !

Or vous avez rétabli le système des 35 heures dans toute sa rigidité en pénalisant les heures supplémentaires. Vous avez supprimé la réforme du financement de la protection sociale votée en début d'année ; vous avez prélevé 7 milliards d'euros d'impôts nouveaux dans le collectif de juillet ; vous allez prélever encore 20 milliards d'euros en loi de finances initiale pour 2013 et 5 milliards d'euros en loi de financement de la sécurité sociale ; vous accablez donc les entreprises de charges nouvelles au moment où leur taux de marge atteint un plancher historique.

Vous avez aussi multiplié les dépenses d'affichage dont l'effet sur le pouvoir d'achat est dérisoire.

Vous recrutez massivement, mais inutilement des enseignants en surnombre sans vous préoccuper sérieusement de leur niveau de qualification. Vous ne diminuez pas les dépenses publiques. Et voilà que la nécessité de réformer le financement de la protection sociale resurgit, mais dans les pires conditions, avec le recours envisagé à la CSG, qui ponctionnerait directement le pouvoir d'achat des Français, y compris les plus modestes, sans faire participer les importations.

Le Conseil européen des 28 et 29 juin dernier a bien sûr adopté un « pacte pour la croissance et l'emploi ». Nous nous en réjouissons. Et s'il s'agissait d'un traité et non pas d'un simple relevé de conclusions regroupant des décisions et des orientations pour une bonne partie déjà arrêtées, nous serions heureux d'en autoriser aussi la ratification.

Par respect pour l'intelligence de nos concitoyens, il importe cependant de ne pas faire de ce document utile l'équivalent d'un traité répondant à l'engagement de renégociation pris par M. Hollande devant les Français.

J'ajouterai deux observations.

D'une part, la mobilisation, étalée sur cinq années, de 120 milliards d'euros pour le financement de l'économie se fait sans réel effort supplémentaire du budget de l'Union.

D'autre part, le montant de ces crédits, de l'ordre de 1% du PIB de l'Union, n'est pas de nature à stimuler fortement la croissance. Rappelons que le plan de relance de l'administration Obama en 2009 était de plus de 1 000 milliards de dollars.

Enfin, vous semblez oublier que le Conseil européen de juin dernier a aussi réclamé des réformes de compétitivité auxquelles vous tournez le dos : réduction résolue des dépenses publiques, approfondissement de la réforme des retraites, réforme du marché du travail, mise en œuvre de la TVA sociale. Ces réformes, où sont-elles ?

Le Pacte vous engage, il nous engage. Ce n'est pas un menu à la carte dans lequel vous faites votre choix. Il n'est pas possible de vous en prévaloir quand cela vous arrange, en lui donnant d'ailleurs une portée qu'il n'a pas, et de l'oublier quand il vous gêne, en ignorant vos engagements européens, qui sont désormais ceux de la France.

Monsieur le ministre, nous connaissons votre compétence, même si nous attendons aussi de votre part l'humilité que ne doivent pas manquer de vous inspirer les nombreuses difficultés et impasses auxquelles vous êtes objectivement confronté. Nous sommes heureux que vous ayez contribué à ramener une grande partie de votre majorité à la raison, même si votre pédagogie doit encore se déployer pour atteindre les mêmes résultats au Sénat qu'à l'Assemblée nationale, chacun le sait.

Ce n'est évidemment pas seulement par sympathie que nous apporterons un soutien massif à ce texte ; c'est parce que l'intérêt national nous paraît l'exiger.

En ratifiant ce traité négocié et sig

Pas plus que vous, nous ne pourrions d'ailleurs admettre qu'un corset nous empêche à tout jamais de réagir de manière coordonnée à une récession grave, par des politiques de soutien à l'économie qui impliqueraient une augmentation temporaire des déficits, comme ce fut le cas en 2009, ce que vous semblez d'ailleurs reprocher à la majorité de l'époque tout en revendiquant de pouvoir le faire à votre tour demain.

Mais, heureusement, ce traité, que vous avez naguère diabolisé pour aujourd'hui le minorer, distingue clairement déficit structurel et déficit conjoncturel, plus clairement et précisément encore que le pacte de stabilité et de croissance de 1997, qui le faisait déjà.

Et, comme le traité de Maastricht, il prévoit la prise en compte de circonstances exceptionnelles pour épargner des sanctions à un État déficitaire quand son déficit est justifié du point de vue européen.

Nous nous inscrivons ainsi dans la tradition européenne ; ce n'est pas une révolution.

Cependant, vous omettez trop souvent de rappeler que cette faculté n'est pas laissée à la discrétion des gouvernements. Elle passe par une appréciation communautaire qui s'impose à eux. N'y voyez donc pas un moyen de vous affranchir de la règle commune. Vos partenaires du Front de gauche ont eu raison de le rappeler.

Une discipline budgétaire de longue haleine nous permettra de reconstituer nos marges de manœuvre. Il s'agit de démontrer notre volonté de faire, sans nous tromper sur les moyens. C'est là que les choix politiques nationaux peuvent s'exprimer. Et, sur ce point, j'y reviendrai, les vôtres sont bien évidemment différents des nôtres.

Si, au contraire nous disions « non » à ce traité, il faudrait de toute façon maintenir le cap de la rigueur, mais dans un contexte politique et financier dégradé qui en aggraverait l'ampleur.

Dire « non », ce serait jeter le doute sur notre détermination à lutter contre les déficits, ce serait donner des raisons à l'Allemagne de ne pas être financièrement solidaire, ce serait isoler la France parmi les États de la zone euro et ce serait nous rendre plus vulnérables face à nos prêteurs.

Un « non » de la France au Traité budgétaire appellerait en réalité d'autres « non », qui compliqueraient notre tâche : le « non » des investisseurs, le « non » des marchés financiers, de nos prêteurs, au maintien du financement de la dette française et des autres dettes européennes aux conditions actuelles.

Il faudrait alors redoubler de rigueur et d'austérité pour convaincre et pour rétablir la confiance. Ce n'est pas ce que nous voulons. Le crédit de la France reste solide, il nous appartient de le conserver.

Il est vrai qu'il y a sans doute une part d'injustice dans la situation de la zone euro. Après tout, pour excessives qu'elles soient, notre dette et celle de nos partenaires sont contenues dans des limites presque enviables si on les compare à celles des États-Unis et du Japon, qui dépassent respectivement 100 % et 200 % de leur produit intérieur brut. Or, jusqu'à présent, ces pays ont réussi à financer leur dette publique dans des conditions satisfaisantes.

On pourrait donc attendre des marchés des anticipations plus favorables à la zone euro. Il n'en est rien malheureusement et il y a là un paradoxe.

Si la dette des États de l'Union européenne est un tel problème pour nous tous, ce n'est pas seulement parce qu'elle est trop élevée, c'est parce qu'il s'agit non pas d'une dette européenne, comme il y a une dette américaine ou japonaise, mais d'une multitude de dettes inégales dans leur montant, d'un grand nombre de pays inégaux dans leurs capacités de remboursement et qui continuent largement à concevoir leur avenir séparément.

La cause principale de la suspicion des prêteurs est donc politique. Chacun spécule partout dans le monde sur les faiblesses politiques de l'Europe, sur son irréductible division en États jaloux de prérogatives qu'ils peinent à exercer et dont la solidarité mutuelle reste limitée malgré le traité instituant un mécanisme de solidarité financière européen, traité que vous avez à l'époque rejeté.

Certains, parmi ces États, rêvent encore de tirer leur épingle du jeu aux dépens des autres ; d'autres, à l'inverse, craignent d'être solidaires à leurs propres dépens.

Ainsi, la méfiance des marchés se nourrit d'abord de la méfiance des Européens entre eux. Les marchés ont les yeux ouverts sur nos propres limites, qui sont béantes. Ils posent à nos gouvernements des questions pertinentes pour les années à venir : « Êtes-vous oui ou non capables de faire l'union politique entre vous au point que nous pourrons être certains de votre solidarité financière, et donc être assurés que la dette européenne sera remboursée dans toutes ses composantes nationales et que, pour cela, des politiques budgétaires harmonisées seront appliquées afin d'éviter les divergences financières et que l'euro pourra être maintenu sur tous les territoires où il a cours légal, puis étendu à d'autres ? »

En somme, les marchés nous disent une chose simple : « Soyez forts et nous nous inclinerons ! »

Ces questions, nous ne devrions pas avoir besoin d'eux pour nous les poser.

 Il est plus que temps de dire que l'union politique de l'Europe, à commencer par le gouvernement économique, est la seule voie possible pour l'accomplissement des ambitions nationales de chacun de nos pays. L'Europe seule détient les clés d'une puissance retrouvée pour rétablir des capacités d'action que nous avons perdues.

Or, face à l'enjeu de l'union politique, l'extrême prudence du Président de la République quand il s'agit d'aborder la question cruciale du gouvernement économique de l'Europe, sa réticence à exprimer la vision nécessaire d'un avenir européen fondé sur l'union politique dans une fédération d'États nations donnent malheureusement l'impression que vous avancez vers l'Europe à reculons, comme si la ratification du pacte budgétaire marquait la limite extrême de ce que vous pouvez accepter après l'avoir si violemment rejeté.

Cette impression, vous l'avez hélas ! Confirmée hier, monsieur le ministre, en vous bornant à raisonner à cadre institutionnel constant.

En réalité, vous avez désormais l'Europe frileuse, je dirais presque pusillanime.

Nous en connaissons la raison : votre difficulté à convaincre vos partenaires communistes et écologistes ainsi que les divisions profondes du parti socialiste sur ces questions.

J'entends au Front de gauche, au sein de la Gauche socialiste et chez les Verts, comme d'ailleurs au Front national, des raisonnements étranges. Les uns et les autres semblent croire qu'il y aurait pour la France une chance de salut par le repli derrière ses frontières, en s'émancipant des exigences européennes et en niant les contraintes financières. C'est une forme d'utopie particulièrement régressive. La France ne peut se permettre de faire cavalier seul. C'est en exerçant en commun notre souveraineté, et non pas en nous repliant sur l'Hexagone avec les moyens d'une puissance moyenne, que nous retrouverons une capacité à agir sur le cours des événements,

Il ne suffit pas de graver de nouvelles règles budgétaires dans le marbre d'un traité pour suppléer aux intermittences et aux défaillances de la volonté politique européenne. Ce nouveau pacte n'est et ne peut être qu'une étape. Vous devez dès maintenant préparer les suivantes, dire quelle Europe vous voulez et avec qui vous comptez la faire.

En ne vous donnant que des ambitions trop limitées, vous ne pourrez obtenir que des résultats médiocres !

Mais il y a encore une question, non moins grave, à laquelle il ne semble pas que vous soyez prêts à répondre.

Le pacte budgétaire ne vaudra que par la politique que vous mettrez en œuvre pour le faire réussir. La rigueur sans la réforme économique, la rigueur sans la compétitivité, la rigueur sans le soutien aux entreprises, c'est le marasme, la récession et le déclin.

Tel n'est pas ce que les uns et les autres nous voulons pour notre pays. Mais les bonnes intentions ne suffisent pas. Seuls les actes comptent !

Or vous avez rétabli le système des 35 heures dans toute sa rigidité en pénalisant les heures supplémentaires. Vous avez supprimé la réforme du financement de la protection sociale votée en début d'année ; vous avez prélevé 7 milliards d'euros d'impôts nouveaux dans le collectif de juillet ; vous allez prélever encore 20 milliards d'euros en loi de finances initiale pour 2013 et 5 milliards d'euros en loi de financement de la sécurité sociale ; vous accablez donc les entreprises de charges nouvelles au moment où leur taux de marge atteint un plancher historique.

Vous avez aussi multiplié les dépenses d'affichage dont l'effet sur le pouvoir d'achat est dérisoire.

Vous recrutez massivement, mais inutilement des enseignants en surnombre sans vous préoccuper sérieusement de leur niveau de qualification. Vous ne diminuez pas les dépenses publiques. Et voilà que la nécessité de réformer le financement de la protection sociale resurgit, mais dans les pires conditions, avec le recours envisagé à la CSG, qui ponctionnerait directement le pouvoir d'achat des Français, y compris les plus modestes, sans faire participer les importations.

Le Conseil européen des 28 et 29 juin dernier a bien sûr adopté un « pacte pour la croissance et l'emploi ». Nous nous en réjouissons. Et s'il s'agissait d'un traité et non pas d'un simple relevé de conclusions regroupant des décisions et des orientations pour une bonne partie déjà arrêtées, nous serions heureux d'en autoriser aussi la ratification.

Par respect pour l'intelligence de nos concitoyens, il importe cependant de ne pas faire de ce document utile l'équivalent d'un traité répondant à l'engagement de renégociation pris par M. Hollande devant les Français.

J'ajouterai deux observations.

D'une part, la mobilisation, étalée sur cinq années, de 120 milliards d'euros pour le financement de l'économie se fait sans réel effort supplémentaire du budget de l'Union.

D'autre part, le montant de ces crédits, de l'ordre de 1% du PIB de l'Union, n'est pas de nature à stimuler fortement la croissance. Rappelons que le plan de relance de l'administration Obama en 2009 était de plus de 1 000 milliards de dollars.

Enfin, vous semblez oublier que le Conseil européen de juin dernier a aussi réclamé des réformes de compétitivité auxquelles vous tournez le dos : réduction résolue des dépenses publiques, approfondissement de la réforme des retraites, réforme du marché du travail, mise en œuvre de la TVA sociale. Ces réformes, où sont-elles ?

Le Pacte vous engage, il nous engage. Ce n'est pas un menu à la carte dans lequel vous faites votre choix. Il n'est pas possible de vous en prévaloir quand cela vous arrange, en lui donnant d'ailleurs une portée qu'il n'a pas, et de l'oublier quand il vous gêne, en ignorant vos engagements européens, qui sont désormais ceux de la France.

Monsieur le ministre, nous connaissons votre compétence, même si nous attendons aussi de votre part l'humilité que ne doivent pas manquer de vous inspirer les nombreuses difficultés et impasses auxquelles vous êtes objectivement confronté. Nous sommes heureux que vous ayez contribué à ramener une grande partie de votre majorité à la raison, même si votre pédagogie doit encore se déployer pour atteindre les mêmes résultats au Sénat qu'à l'Assemblée nationale, chacun le sait.

Ce n'est évidemment pas seulement par sympathie que nous apporterons un soutien massif à ce texte ; c'est parce que l'intérêt national nous paraît l'exiger.

En ratifiant ce traité négocié et signé par son prédécesseur, le Président Hollande associera son nom pour l'histoire à celui de Nicolas Sarkozy, et c'est bien ainsi.

Le gouvernement auquel vous appartenez, que je ne soutiens pas, aura alors fait aboutir l'œuvre d'un gouvernement que vous ne souteniez pas.

C'est un assez bel exemple de continuité, même s'il a manqué de spontanéité et de franchise.

Je regretterais qu'il ne soit pas né par son prédécesseur, le Président Hollande associera son nom pour l'histoire à celui de Nicolas Sarkozy, et c'est bien ainsi.

Le gouvernement auquel vous appartenez, que je ne soutiens pas, aura alors fait aboutir l'œuvre d'un gouvernement que vous ne souteniez pas.

C'est un assez bel exemple de continuité, même s'il a manqué de spontanéité et de franchise.

Je regretterais qu'il ne soit pas s

 

 

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